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« Le stand-up, c'est l'art de transformer ses cicatrices en lumière pour les autres »

Fondateur associé du Broadway Comedy Club, metteur en scène, producteur, directeur de la future Stand-Up Maker School et porteur d'un projet de comédie satirique actuellement en développement avec le réalisateur Spielgreg, Mel Dogman revient sur un parcours qui l'a mené des quartiers nord de Marseille à New York avant de revenir en France pour accompagner de nombreux artistes.

Mel Dogman, lors du Festival du Rire Ensemble 2026

Mel Dogman, lors du Festival du Rire Ensemble 2026.

« Je suis né dans les quartiers nord. J'y ai appris la débrouille, la discrimination, et c'est devenu mon moteur pour avancer. Rien ne me prédestinait à faire un parcours comme le mien. Je suis fier de venir de là. »

Vous êtes un enfant des quartiers nord de Marseille.

« Oui. Je suis né à la Paternelle et j'ai grandi entre la Maurelette, Font-Vert et le Castellas. Les quartiers nord m'ont appris la débrouille, la solidarité et le travail. Je suis fier de venir de là. »

Pourtant, votre rêve n'était pas de devenir producteur ou metteur en scène.

« Non. Mon premier rêve, c'était le cinéma. Je voulais être acteur. Je voulais réussir, être dans la lumière. Comme beaucoup de jeunes, j'avais envie de prouver quelque chose. »

Puis la maladie arrive.

« Oui. Un cancer. Ça a stoppé ma vie net. J'ai été immobilisé pendant de longs mois. Ensuite, il y a eu plusieurs années de rémission qui m'ont énormément affaibli. »

Cette épreuve vous a changé ?

« Complètement. Avant, je voulais réussir pour moi. Avec la maladie, j'ai appris à mettre mon ego de côté. J'ai appris à être plus humain avec les autres. Aujourd'hui, je crois davantage à la transmission qu'à la lumière. »

Vous considérez que c'est un miracle d'être là aujourd'hui ?

« Oui. Quand je regarde mon parcours, je sais que c'est déjà une victoire d'être encore là. Les médecins ont fait leur travail. Dieu a fait le reste. »

C'est pendant cette période que vous commencez à écrire ?

« J'écrivais tout. Des spectacles, des concepts, des scénarios, des projets. J'avais peur d'oublier les choses que je voulais accomplir si je m'en sortais. »

Le cinéma est toujours présent ?

« Plus que jamais. Je travaille actuellement sur une comédie satirique avec un réalisateur talentueux, Spielgreg. C'est un projet qui me tient particulièrement à cœur. Une façon aussi de revenir à mon premier amour : raconter des histoires. »

Votre parcours passe ensuite par le Théâtre du Gymnase.

« Oui. J'y ai travaillé pendant sept ans aux côtés de mon mentor, feu Dominique Coubes. Il m'a appris le respect du public, des artistes et du spectacle vivant. Beaucoup de ce que je suis aujourd'hui vient de lui. »

Puis New York.

« Oui. Je voulais comprendre comment fonctionnait le divertissement à grande échelle. Marseille m'a donné les racines. New York m'a ouvert l'esprit. »

C'est là que naît l'idée du Broadway Comedy Club ?

« Exactement. Grâce à plusieurs rencontres, notamment celle de Bun Hay Mean. Nous nous sommes retrouvés ensemble à New York et nous avons visité plusieurs comedy clubs, dont le Broadway Comedy Club. Je me souviens encore de l'ambiance. Des artistes partout. Des spectacles toute la soirée. Des humoristes qui travaillaient leurs textes jusqu'au bout de la nuit. En sortant, je savais déjà que je voulais construire quelque chose de similaire en France. »

Vous lui en parlez ?

« Oui. Et avec son humour bien à lui, il m'avait lancé : »

« Frérot, les idées c'est comme les blagues. Si tu les gardes dans ta tête, personne ne rigole. Lance-toi. »

« Cette phrase m'est restée. »

Il vous a soutenu dans cette aventure ?

« Oui. Dès le début. Ce que peu de gens savent, c'est que Bun venait jouer au Broadway pour soutenir le lieu et les artistes. Il le faisait naturellement, comme à son habitude. Derrière l'immense humoriste, il y avait quelqu'un de profondément généreux. Je garde un souvenir très fort de lui. »

Vous avez ensuite accompagné de nombreux artistes.

« J'ai commencé comme agent, manager, puis producteur et metteur en scène. J'ai participé à de nombreux projets, organisé des événements à l'Olympia, travaillé sur plusieurs festivals dans le Sud de la France et en Belgique. J'ai toujours aimé construire des projets et accompagner les talents. »

Parmi eux, il y a Redouane Bougheraba.

« Oui. À l'époque, on faisait le tour des comedy clubs parisiens. Lui comme humoriste, moi comme metteur en scène. On partageait parfois un sandwich à deux parce qu'on n'avait pas toujours les moyens. »

Vous avez vécu un moment fondateur ensemble.

« Oui. Un jour, Redouane m'appelle et me dit : »

« Allez frérot, on s'en fout, on le fait. »

« Il avait son ami Jean-Rachid et Merry, la patronne du Réservoir, qui nous donnaient notre chance. À l'époque, on pensait faire vingt personnes. Moi, je faisais tout. La caisse, les coulisses, l'organisation, l'accueil. L'entrée était à dix euros. On n'avait pas de budget publicité. Rien. Et finalement, près de 150 personnes sont venues. Uniquement grâce au bouche-à-oreille. Quand j'ai vu la salle se remplir, j'ai compris qu'il se passait quelque chose. Aujourd'hui encore, c'est probablement mon plus beau souvenir. Parce que c'était nos débuts. Parce qu'on n'était personne. Et parce que ce soir-là, on a compris que nos rêves pouvaient devenir réels. »

Vous participez aujourd'hui à un documentaire consacré à Redouane.

« Oui. France Télévisions prépare actuellement un documentaire autour de son parcours. J'ai eu le plaisir d'être invité à participer au projet aux côtés de ses frères et de plusieurs proches. Certaines séquences ont été tournées au Broadway Comedy Club. Pour le reste, je laisse la surprise aux téléspectateurs. »

Après toutes ces années dans le métier, qu'est-ce que le stand-up représente pour vous ?

« Le stand-up, c'est un peu ma vie. Quand j'étais jeune, je pensais que réussir voulait dire être sous les projecteurs. Puis la vie m'a mis quelques uppercuts. Les quartiers nord, la maladie, les galères, les portes qui se ferment, les rêves qui changent de forme. J'ai compris qu'on ne choisit pas toujours ce qui nous arrive. Mais on choisit toujours ce qu'on en fait. Pour moi, le stand-up, c'est exactement ça. C'est prendre ses blessures, ses échecs, ses peurs, ses souvenirs et les transformer en quelque chose qui rapproche les gens. Quand un humoriste monte sur scène, il ne raconte pas seulement des blagues. Il raconte souvent ce qu'il a traversé. Et ce qui est magnifique, c'est que quelqu'un qui n'a jamais vécu la même chose peut quand même se reconnaître dedans. J'ai vu des gens rire ensemble alors qu'ils n'avaient ni le même âge, ni le même quartier, ni la même histoire. Le stand-up crée quelque chose que notre société a parfois perdu : du lien. Quand j'étais malade, je ne savais pas combien de temps durerait le combat. Aujourd'hui, chaque fois que je vois une salle rire, je me dis que la vie est quand même incroyable. On peut partir de la Paternelle, passer par Font-Vert, traverser des épreuves, tomber, se relever et finir par faire rire des centaines de personnes qu'on ne connaît même pas. Je trouve ça presque magique. Alors si je devais résumer le stand-up en une phrase : le stand-up, c'est l'art de transformer ses cicatrices en lumière pour les autres. »

Est-ce pour cette raison que vous lancez aujourd'hui la Stand-Up Maker School ?

« Exactement. Parce que le stand-up ne se résume pas à raconter des blagues. C'est apprendre à écrire, à se connaître, à prendre confiance, à monter sur scène, à créer son univers et à construire une carrière. Je veux transmettre tout ce que j'ai appris au fil des années, avec mes réussites mais aussi mes erreurs. »

Vous avez également un projet qui vous tient à cœur à Marseille.

« Oui. Avec mon ami Saïd, éducateur à Font-Vert. Nous souhaitons mettre en place des sessions d'initiation au stand-up pour les jeunes des quartiers. L'idée est simple : apporter le stand-up directement dans les cités. Leur montrer que leur histoire a de la valeur et qu'elle mérite d'être racontée. Si l'humour peut devenir un outil d'expression, de confiance et d'émancipation, alors nous aurons déjà gagné quelque chose. »

Votre plus grande fierté aujourd'hui ?

« Honnêtement ? Ce n'est ni une salle pleine ni un projet réussi. Ma plus grande fierté, c'est de voir que le petit garçon de la Paternelle, passé par la Maurelette, Font-Vert et le Castellas, n'a jamais oublié d'où il venait. Si mon parcours peut donner de l'espoir à un jeune qui doute de lui aujourd'hui, alors tout ça aura eu un sens. »

Le dernier mot ?

« Les rêves ne connaissent pas les codes postaux. Marseille m'a donné mes racines. New York m'a donné une vision. Paris m'a offert des opportunités. Mais au fond, je reste le même gamin des quartiers nord qui croyait que tout était possible. »

« Et finalement, le plus beau des voyages, ce n'est pas de réussir ailleurs. C'est de revenir tendre la main à ceux qui partent du même point de départ. »

Entretien réalisé par François Mattei — La Provence · Culture