Le Journal du DimancheCulture

« Le stand-up m'a appris une chose essentielle : le rêve est possible »

Il a construit sa route sur le terrain, loin des trajectoires toutes tracées. Sept ans au Théâtre du Gymnase lui ont servi de base solide, aux côtés de Dominique Coubes, un grand nom du théâtre français aujourd'hui disparu, il y a appris la mise en scène et la production. Diplômé de l'école de théâtre de Marseille La Criée, Marseillais dans l'âme, il revendique une parole franche et directe, qui signe autant son travail que sa personnalité. Fondateur associé du Broadway Comedy Club, aujourd'hui classé parmi les cinq meilleurs comedy clubs parisiens, il a collaboré au fil des années avec des figures majeures du spectacle et produit des événements dans des salles mythiques comme le Silo à Marseille et l'Olympia à Paris. Aujourd'hui reconnu par ses pairs comme une voix respectée du stand-up et de la scène, Mel Dogman se confie à nous.

Mel Dogman

Enfant des quartiers nord de Marseille, Mel Dogman a construit son parcours loin des chemins tout tracés. Après plus de quinze ans passés dans l'univers du spectacle et de la production, il lance la Stand-Up Maker School, une école de stand-up pensée comme un lieu de transmission, de pratique et de professionnalisation.

Au fil des années, il a travaillé autour de lieux emblématiques comme l'Olympia ou le Théâtre du Gymnase, accompagné des artistes, organisé des événements et développé une solide expérience de terrain. Avant de lancer son école, il proposait déjà du coaching individuel à des humoristes, artistes et professionnels souhaitant affiner leur présence scénique et leur prise de parole.

Aujourd'hui, il dirige également trois open mics hebdomadaires à Paris, où il observe de près l'émergence de la nouvelle génération du stand-up français. De cette expérience est née une conviction : de nombreux talents existent mais manquent souvent d'accompagnement, de méthode et de repères pour progresser — c'est ce constat qui a donné naissance à la Stand-Up Maker School.

Vous parlez souvent de votre activité de producteur et de metteur en scène, en quoi ça consiste concrètement au quotidien ?

« Je mets en scène plusieurs humoristes en ce moment, j'accompagne leur travail, leur écriture, leur mise en scène, et je les aide aussi à construire leur spectacle et à trouver leur voix. J'ai la chance de gérer trois open mics par semaine à Paris, ce qui est assez rare : à chaque session j'accueille entre huit et dix humoristes, sur un mois ça représente entre 96 et 120 passages d'humoristes amateurs. Ça crée un vrai terrain de travail, de répétition et de test — il y a la scène, le contact avec le public, l'écriture, et surtout l'observation de ce qui fonctionne, et ça me permet de repérer de futurs talents, il y a un lien direct avec mon école, les meilleurs je les accompagne plus loin.

Et souvent, il y a quelque chose d'assez drôle : les candidats savent seulement que c'est Sonia, sur la page Instagram, qui les programme, ils ne connaissent qu'elle, et deux personnes qui m'accompagnent sur les open mics, Rony et Adrien — le reste de l'organisation leur échappe totalement au départ. Moi je suis souvent assis devant l'entrée, j'observe tout ce qui arrive, tout ce qui entre, et dans 80% des cas, ils me prennent pour un agent de sécurité. Je fais aussi parfois la chauffe quand ça me prend, en mettant de l'énergie dans la salle avant les passages, pour préparer le public, et quand ils me voient arriver sur scène, ils se demandent vraiment ce que l'agent de sécurité fait là — du coup ils sont surpris de me voir lancer la salle et installer l'énergie, et à ce moment-là leur regard change complètement.

J'instaure aussi un cadre assez précis dans mes open mics, c'est important pour moi que les futurs humoristes comprennent certaines règles de base qui leur serviront plus tard dans leur parcours — des choses simples, comme venir à l'heure, respecter le lieu et le personnel, faire attention à l'espace commun. Et ma plus grande fierté, c'est de voir qu'aujourd'hui, beaucoup d'élèves qui faisaient mon open mic il y a quatre ans sont à l'affiche de spectacles qui marchent très bien — ils viennent souvent me faire un petit coucou, jouer un passage à l'open mic, et discuter avec les nouveaux élèves. »

Pour donner corps à ce projet, Mel Dogman s'est entouré de figures professionnelles et reconnues du stand-up, notamment Lotfi Abdelli et Mouhamadou Deme, de la troupe du Jamel Comedy Club, qui viendront donner leurs conseils professionnels aux élèves.

Je vous avais interviewé il y a trois ans au Théâtre du Gymnase Marie Bell, lorsque vous mettiez en scène la célèbre influenceuse Mélanight. On vous retrouve aujourd'hui avec votre nouvelle école, qu'est-ce qui a changé depuis ?

« Oui, en effet, vous avez de la mémoire (rires). Mélanight d'ailleurs, je l'ai intégrée sur la pièce « Jamais le deuxième soir », une comédie sur un couple, elle a fait une grande tournée, je suis fier d'elle, on doit d'ailleurs retravailler sur d'autres projets ensemble. Pour l'open mic en fait, j'en avais marre de voir des talents passer sous mes yeux sans pouvoir les accompagner comme ils le méritaient. Trois open mics par semaine à Paris, c'est un observatoire permanent : on y voit tout, les débuts hésitants, les déclics, les styles qui cherchent leur forme, et ceux qui pensent l'avoir trouvée un peu trop tôt. Très vite, j'ai compris une chose simple : le potentiel est rarement le problème, l'accompagnement lui manque souvent. Je donnais des conseils en sortie de scène, entre deux plateaux, mais ça restait fragmentaire, alors j'ai décidé d'aller plus loin. La Stand-Up Maker School est née de là — un projet professionnel oui, mais surtout une évidence construite avec le temps. »

« Voir quelqu'un arriver avec ses doutes, ses notes mal rangées et trois blagues testées sur sa cousine, puis le voir gagner en précision, en confiance, et tenir une salle entière — c'est ce qui donne du sens à tout ça. »

Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de lancer l'école ?

« Parce que je voulais avoir quelque chose de solide à transmettre. On ne crée pas une école sur une envie du moment, on la construit sur des années de terrain. »

Vous dites que ce ne sera pas une école classique.

« Parce que le stand-up n'est pas une matière qu'on écoute, c'est une matière qu'on pratique. Sur scène, il n'y a pas de théorie qui protège, il n'y a que la réaction du public. »

Qu'apprendra-t-on concrètement ?

« L'écriture, le rythme, la prise de parole, la construction d'un passage, la présence — mais aussi des bases de théâtre et de cinéma. Nous inviterons des humoristes, des directeurs de casting et des professionnels du spectacle pour des masterclasses. »

Vous limitez les promotions ?

« Oui, 12 à 15 élèves maximum. Au-delà, on ne suit plus les gens, on les traverse — et dans ce métier, être traversé, c'est rarement une méthode d'apprentissage. »

Comment sera organisée la formation ?

« Deux formules : une formule professionnelle sur un an, une formule intensive sur trois mois. Dans les deux cas, tout se joue sur scène — le public, lui, n'a pas signé pour attendre. »

La scène fera-t-elle partie de la formation ?

« Oui, tous les trois mois, les élèves montent sur scène devant un vrai public. Un groupe d'amis pardonne, un public observe — et c'est exactement là que l'apprentissage commence. »

En une phrase, quelle est la mission de la Stand-Up Maker School ?

« Donner à chacun les outils pour transformer une idée en moment vivant sur scène… et si je repars en ayant transmis quelque chose de solide, alors ce sont eux qui auront le vrai moteur pour écrire la suite de l'histoire. »

Vous dites qu'il y aura aussi des professionnels du cinéma et du théâtre, pourquoi ça dans une école de stand-up ?

« Parce que je veux donner aussi des notions de théâtre, ça, c'est le cadeau de la maison (rires). Je veux qu'ils puissent choisir : si à un moment le stand-up leur plaît moins, ils auront quelques bases pour aller vers le théâtre ou vers le cinéma, avec bien sûr des directeurs de casting — et pour les meilleurs, j'ouvrirai mon réseau. Chez nous, on veut casser le truc académique, prof-élève, ça sera le tutoiement, on se rapproche des élèves, on apprendra à gérer leur stress, leur déplacement scénique, tout pour faire de bons artistes complets. On est pratiquement la seule école à faire du stand-up en incluant des bases de théâtre et de cinéma. Les cours ont lieu une fois par semaine, pendant deux heures, et pour ceux qui veulent des cours intensifs, on pourra ajouter des dates. Il y aura trois groupes d'élèves, entre douze et quinze, pas plus, pour travailler vraiment avec eux — je ne veux pas que ce soit une usine. »

Un dernier mot pour donner envie aux futurs élèves de rejoindre la Stand-Up Maker School ?

« Venez comme vous êtes, avec vos doutes, vos trois blagues testées sur votre cousine, et repartez avec une vraie expérience et des outils solides pour l'avenir entre vos mains. On n'a pas besoin que vous soyez déjà drôles, on a besoin que vous ayez envie de le devenir — le reste, c'est notre boulot. »

Propos recueillis par Claire Delmas — JDD · Culture